Les Scientifiques

Sondage sur le genre

Modalité : Joute verbale. Les enfants sont convié·es à se positionner à propos de qualités supposément « masculines » ou « féminines ».

Objectif
  • Clarifier dans la notion de genre (dimension biologique, rapports sociaux, représentations, inégalité salariale, tâches domestiques…).
  • Repérer les effets de stigmatisations dans le contexte des discriminations de genre 
Points clé de l’animation
  • Distinguer le clivage fille-garçon (normal à la préadolescence) des rapports de domination
  • Ne pas dévaloriser les modèles familiaux dans lesquels les enfants grandissent et favoriser l’acceptation de la pluralité des modèles familiaux
  • Cadrer le débat en gérant rigoureusement les prises de parole
  • Favoriser l’acceptation des différences
Conseils pour l’animation

Le thème de cette activité est « sensible », source potentielle de tensions, car le thème fait l’objet de débats polémiques dans la société. Aussi un certain nombre de précautions doivent être prises par l’accompagnateur·rice d’équipe et par le·la Meneur·se de jeu. 

Deux précautions sont essentielles :

  1. Distinguer le clivage fille-garçon (normal à la préadolescence) des rapports de domination
  2. especter les différents modèles familiaux

Distinguer le clivage fille-garçon et les rapports de domination

Le clivage garçons-filles est très présent à la préadolescence. Le clivage garçon-fille, apparu à la fin du primaire, se renforce dans la mesure où les désirs deviennent plus prégnants avec l’entrée dans la puberté… tout en devenant plus inquiétant, car les préadolescents sont encore très loin de la sexualité (rappelons que l’âge moyen du premier rapport sexuel génital, en France, à lieu à 17 ans pour les garçons, à 17,6 ans pour les filles). La sexualité adolescente - si elle n’est pas dévastée par des agressions sexuelles ou perturbée par une confrontation précoce avec des « modèles » issues de la sexualité adulte, comme la pornographie – est essentiellement un processus de découverte de son propre corps et du corps de l’autre ; un « papotage des corps » pour reprendre l’expression de la sexologue Claude Giordanella. En même temps, les préadolescents sont confrontés à des images véhiculées par des médias (publicités, clips vidéo, personnages de jeux vidéo, films…) qui valorisent l’hypersexualisation des filles et l’hypervirilisation des garçons, images auxquelles ils·elles sont invité·es à s’identifier. Aussi faut-il accueillir le clivage filles-garçons comme un mécanisme de défense, une manière de tenir à distance l’objet d’un désir inquiétant.

Si le clivage est « normal », il peut néanmoins faire le lit de la domination masculine et de discours qui hiérarchisent les sexes, qui disqualifient et infériorisent les femmes. 

L’activité vise à opérer des clarifications : les hommes et les femmes, comme êtres biologiques, ont des différences, qui sont d’ailleurs plus ou moins prononcées si on prend en compte la diversité des individus. Mais ce qui est différent n’est ni inférieur, ni supérieur. Ce qui est différent est… différent. Et, au demeurant, nous sommes tous différents des autres. L’enjeu est donc de découpler la notion de différence de celle de hiérarchie.

Les discours de dominance masculine s’enracinent dans des modes de vies et des systèmes de représentations. L’anthropologue Françoise Héritier distingue la « division sexuelle du travail » (c’est-à-dire le fait que les hommes et les femmes n’effectuent pas les mêmes travaux pour assurer le bon fonctionnement du foyer et de la société) et la « différence de valence des tâches » (c’est-à-dire le fait que, dans une société donnée, l’on attribue une valeur différente à une tâche, selon qu’elle est dévolue aux hommes ou aux femmes). Hommes et femmes concourent différemment au bon fonctionnement de la famille et de la société, mais la contribution des hommes sera survalorisée par rapport à la contribution des femmes (par exemple, dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs la chasse est plus valorisée que la cueillette, alors même que celle-ci apporte 70% des calories consommées par le groupe). Les systèmes de représentation visent à présenter cette hiérarchisation comme conforme à un « ordre des choses » (ordre « voulu » par la Nature, par Dieu, les Traditions…) et à interdire aux femmes de faire les tâches qui ont été attribuées aux hommes et à se cantonner à certaines tâches qui seront moins valorisées socialement et pécuniairement (par exemple en créant des « continuums » du type « femme = mère = métier de l’éducation », « épouse = maison = femme de ménage »). 

Ne pas dévaloriser les modèles familiaux dans lesquels les enfants grandissent et favoriser l’acceptation de la pluralité des modèles familiaux

Le deuxième point sensible est le fait que les enfants, à cet âge, sont souvent loyaux vis-à-vis du système familial dans lequel ils grandissent, et ce système familial pourra être plus ou moins marqué par la domination masculine (c’est plus tard, à l’adolescence qu’ils·elles pourront s’en démarquer). Aussi devons-nous nous garder de toutes attaques ou critiques à leur encontre pour mettre en avant la diversité des modèles familiaux et d’ouvrir leur esprit au fait que rien ne les contraindra à reproduire les modèles transmis par leurs parents et qu’ils auront à inventer leur propre modèle avec leur conjoint·e. 

Cadrer le débat en distribuant des rôles et en gérant rigoureusement les prises de parole

L’activité "Sondage sur le genre" fonctionne sur le mode de la joute verbale, chacun pouvant apporter des arguments pour plaider que telle « qualité » est spécifique aux hommes, ou aux femmes ou partagée par les deux sexes.

Le cadrage du débat impose, tout d’abord, face à chaque affirmation de débattre sur le sens des mots. Par exemple l’affirmation « A de la force », selon eux·elles, fait-elle référence à la force physique, mentale, morale ? L’affirmation « Fait les enfants » fait-elle référence à la conception ou à la gestation ? L’affirmation « Répare les machines » fait-elle référence à des « machines-outils » ou à l’ordinateur de la maison ? Ils·elles doivent décider du sens à donner aux mots pour apporter des réponses. Cette étape permet d’éclairer des phénomènes d’assignation à des rôles et des comportements. Par exemple, l’affirmation « A de la sensibilité » fait-elle référence à la capacité à ressentir émotionnellement ou à la capacité à exprimer ses émotions et l’affirmation « Aime draguer » fait-elle référence au goût de séduire ou à un comportement de « conquête » d’objet de désir ? Avec ces items, peuvent être évoqués les restrictions imposées par l’idéologie de la domination masculine dans l’expression des émotions, imposées aux hommes pour ne pas paraître efféminé ; de même que les restrictions dans l’expression des désirs imposées aux femmes pour ne pas passer pour une « fille facile ». 

L’enjeu est de susciter le débat et non d’imposer un modèle normatif. Une modalité de régulation du débat est de distribuer à chaque enfant des cartons avec les logos « », « » et « + », et de donner la parole successivement à l’un des défenseur·euses d’une des réponses possibles, sachant qu’au fil du débat, les enfants pourront manifester leur changement d’opinions en changeant de carton. 

Favoriser l’acceptation des différences

Mais au final, il s’agit surtout de s’interroger sur les effets de stigmatisation qui peuvent affecter des personnes qui ont développé des qualités qui sont, dans la représentation commune, attribuées au sexe qui leur est opposé et de développer la capacité des enfants à accepter les différences en ouvrant un débat à partir de la question finale : « Et que peut-il arriver à un garçon ou à une fille qui n’a pas les qualités que l’on attribue à son sexe ? »

Les Scientifiques

Le Sondage sur le Genre

Nous arrivons au camp de base. Pour progresser dans notre recherche, nous nous disons qu’il faudrait que nous allions voir Papillagou. Nous nous demandons à quoi il peut bien ressembler. Certains d’entre nous pensent qu’il est un homme parce que « Papillagou » sonne comme « papa » ou « papi », et parce que si c’était une femme elle s’appellerait « Mamillagou ». Mais, nous admettons que nous ne connaissons pas la langue de SOLARIS, et que, sur cette planète, on appelle peut-être les pères « maman » et les mères « papa ». D’ailleurs, peut-être que Papillagou n’est ni un homme, ni une femme.

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Vous allez trouver ci-dessous une liste de mots qui représentent des « qualités » que vous devez classer dans 3 colonnes, « Qualités masculines », « Qualités féminines », « Qualités qui peuvent appartenir aux hommes et aux femmes ». Liste de qualités : A de la force, A de la sensibilité, Fait les tâches ménagères, Répare les machines, Eduque les enfants, Donne des soins corporels aux enfants, Fait les bébés, Subvient aux besoins de la famille, Fait attention à son apparence, A de l’autorité, Aide les autres, Peut pleurer, Fait preuve de courage, A besoin de tendresse, Aime draguer, Aime faire la fête, Sait prendre des risques, Fait du sport, Porte des vêtements roses.

Si nous ne sommes pas d’accord nous pouvons mettre le même mot dans plusieurs colonnes mais en soulignant le mot avec une couleur particulière pour chacun de nous. 

Qualités « masculines »
Qualités « féminines »
Qualités qui peuvent appartenir aux hommes et aux femmes

En résumé, à quoi tient le fait que l’on attribue parfois certaines qualités aux hommes ou aux femmes ? Et que peut-il arriver à un garçon ou à une fille qui n’a pas les qualités que l’on attribue à son sexe ?